Joyeuses Fêtes Hercules!
Tu nous as fait une surprise! Tu es venu en personne nous porter ta carte de souhaits de la saison. Non pas qu’on avait fini par t’oublier. On gardait toujours l’espoir que tu finirais bien un jour par venir dans la région 03.Ce n’est pas un reproche. En fait, c’est ton frère jumeau, le vieux « rafiot », le C-130 qu’on attendait, bourré de conteneurs et d’objets propres aux grands sauvetages.
Quand tu t’es présenté pour de vrai, le 9 décembre, c’était 22 jours avant l’arrivée de 2008 et la fête ce dimanche-là de saint Siro di Pavia vescovo II, d’Avento. Tu avais l’air plus jeune (plus rassurant si tu veux mon avis) que ton frère aîné avec une couche de peinture que témoigne de ta verdure et de ta verdeur, avec un intérieur pas trop perdu son éclat par un usage intensif, sans oublier tes chaises de parterre d’un beau rouge vif qui n’ont rien d’un fauteuil d’A380.
Par ton arrivée avant l’heure prévue à Québec, tu as fait mentir l’adage qui veut que dans les Forces, on sait quand on part et mais pas quand on arrive. D’où la réputation de « fantôme » de ton frère aèné.
Le sergent Réal Baril, en nous présentant son merveilleux équipage, a donné une explication au sujet de l’avion visiteuse: «Au moment de partir de Trenton, on a pris une clé puis dehors, on a choisi le premier du bord».
À peine avions-nous digéré le vidéo sur les procédures sur un C-130 -un document vieux de 11 ans qu’on a greffé sur un CD (comme si on voulait le rajeunir)- nous voilà à bord : mise en route des moteurs, premières vibrations qui secouent tout votre être comme s’il grelottait, longue attente dans le tube pauvrement éclairé, aux parois encrassées d’un cholestérol de fils, de tuyaux, de crochets fixés aux poutres d’aluminium, les systèmes hydrauliques qui se lamentent, etc.
Bref on réalise qu’on se met en mouvement quand le soleil, à travers les hublots, commence à promener ses lunes dans l’étrange intérieur du C-130. Le décollage est imminent, ce sera une affaire de 30 secondes bien comptées. Il faut dire que le petit nombre de personnes à bord rendait ce camion de l’air plutôt fringant. Ce n’était pas un avion vide pour autant.
Ce gros « plus léger que l’air » est habité par des humains, par des personnes généreuses, motivées par le seul désir que leur entraènement puisse être utile, servir les autres. N’y en aurait-il qu’une seule que l’avion et la séance d’entraènement a leur importance.
Si le vol a été quelques fois frôlé les 500 pieds-sol, plus bas qu’avec nos petits monomoteurs, ce n’était pas pour épater la galerie. Instructeur chevronné, le « Sartech » voulait habituer ses élèves à la vitesse de l’appareil et à la fouille des détails du sol ce jour-là éminemment couvert de neige. Même les bâtiments camouflés nageaient dans la mer blanche. C’est probablement un cas où les recherches sont les plus difficiles.
Autre aventure de circonstance et non sans intérêt: le choix par le « Sartech » de cibles généralement rapprochées sans indication de la distance. À vous de travailler!
Avec la fuite de l’aéronef, les cibles étaient rapidement rendues derrière, à six heures faut dire! Une judicieuse décision pour la faculté de concentration et d’action, excellente pour activer les neurones du cerveau et les nerfs des observateurs.
Par exemple, l’astucieux sergent cible un tas de balles de foin ou une tour proche. Il ajoute un supplément, une consigne qu’il glisse en dehors de l’intercom, dans l’oreille de l’observateur : « Amenez-nous (nous : on voit son esprit d’équipe) sur la cible mais n’en dites rien au pilote à son sujet. »
Il veut d’abord qu’on en arrive à décrire le paysage, l’environnement, les accidents géographiques au reste de l’équipage tenu dans l’ignorance de la cible désignée. Les gens du cockpit seraient aussi en entraènement?
L’avion tourne pendant que l’observateur fait de son mieux pour retrouver la cible qui lui a échappé. De retour sur la ligne, l’observateur guette, précise les choses, dévoile le secret, le guet-apens ciblé. Si c’est raté, on recommence! Les virages sont étonnamment serrés, sans doute par ce que le gros oiseau n’a pas ses plombs habituels dans les ailes.
Du cockpit à la porte de la soute, tout le monde travaille. Au retour l’étude des photos restent de précieux documents pour prolonger l’entraènement.
Chapeau au pilote et au navigateur! Bravo à l’ingénieur de vol et aux techniciens, à l’équipage de l’entraènement en recherche et sauvetage de Trenton! Et pourquoi pas au reste des occupants de l’appareil. On a senti la compréhension et la solidarité de l’équipe. Joyeuses fêtes à tous! Amitiés aussi au fidèle serviteur Hercules qui se ne nourrit jamais de pizzas!
Claude Tessier, observateur.
09-12-2007